CFCC: Ces organisateurs dont on ne parle jamais

Crédit Photo Thierry Chevrot

Quand on partage la même passion…

Il commence par la moto, continue avec le quad, puis se dirige vers l’enseignement des deux disciplines, pour devenir organisateur et promoteur du championnat de France Cross-Country. S’il est si fidèle à ces disciplines qui lui ont tant apporté, il est aussi, à l’encontre de sa compagne « Chantal », qui n’est pas seulement sa moitié dans la vie privée, mais aussi sur les terrains et l’organisation.

Ils ne font rien l’un sans l’autre, quand un prépare le terrain, l’autre s’occupe de l’administratif, et le jour J, ils sont toujours deux sur la ligne de départ. La passion est commune, on peut donc penser sans trop se tromper, que les décisions sont toujours le fruit d’une réflexion partagée. C’est sans doute, un des secrets de leur réussite.

Ils ont fait un travail merveilleux, en fédérant trois disciplines, sur un même championnat.

Ce qui, quand on connait les dessous du milieu, n’était pas une mince affaire.

Leur travail et leur persévérance, remportent aujourd’hui un franc succès, totalement mérité.

Seuls ceux qui s’y sont attelés, savent combien aujourd’hui il est compliqué d’entreprendre et d’organiser des compétitions d’une telle ampleur. Ils ont tout affronté, jusqu’à même être obligé d’annuler une compétition au dernier moment, par le seul fait d’un responsable administratif, peu soucieux des conséquences. Mais ils ne s’avouent jamais vaincus, et si on les empêche d’un côté, ils reviennent de l’autre. Cela, toujours à pas feutré, et sans jamais se mettre en avant. Leur efficacité, n’a d’égale que leur discrétion et leur humilité.  

En cela, le monde de la moto et du Quad, leur doit beaucoup.

Thierry CHEVROT et Chantal, ont accepté de répondre à nos questions.

   

 

 

 

Pour commencer cet entretien, et comme le veut la tradition sur qdso.fr, nous allons débuter, par les présentations.

Thierry CHEVROT – promoteur du championnat de France de cross-country moto et quad depuis 2013 – Auparavant éducateur sportif titulaire d’un BEES moto depuis 1988.

 

Thierry, ceux qui te connaissent, savent combien tu es passionné de quad et de sports motorisés TT. Peux-tu nous raconter d’où te vient cette passion et nous raconter un peu ton parcours ?

J’ai pris ma 1ère licence FFM en 1976 pour m’essayer à l’enduro moto, avec un groupe de copains qui pratiquaient déjà. J’ai tout de suite accroché avec cette discipline et je me suis rapidement lancé dans le championnat de France d’enduro en 1977, avec un 50 BPS et termine 2ème de la saison.  Le virus venait de me frapper et je n’en ai jamais guéri.

 

J’ai pratiqué l’enduro en national et en inter, en 1985 j’ai gagné le 125 inter au Touquet, participé à de très nombreuses épreuves en tant que pilote officiel Fantic et Aprilia, jusqu’en mai 1988 où, j’ai été victime d’un très grave accident en endurance d’Aquitaine.

Je m’en suis remis miraculeusement mais j’ai dû arrêter l’enduro, trop exigeant physiquement, et me tourner vers quelques autres disciplines moins longues, telles que le supermotard et les montées impossibles, qui me permettaient de rester au contact de la moto, mais avec des efforts plus courts.

Je venais juste de passer mon diplôme d’éducateur sportif et me suis tourné tout naturellement vers l’enseignement de la moto, à Bordeaux tout d’abord, et ensuite dans ma propre structure, en Charente.

J’ai découvert le quad en 1998 grâce à un copain qui cherchait un coéquipier pour aller au Mondial et jusqu’en 2011, j’ai pris énormément de plaisir à participer à de très nombreuses courses de quad, Bastogne en Belgique, Tarregga en Espagne, championnat de France d’endurance, etc et j’ai eu le plaisir de terminer 2ème au Mondial en 2000, associé à Johnny Simons et le regretté Eric Aubijoux,  et de remporter 3 fois l’enduro de Vassivière lorsque j’étais pilote officiel Polaris. J’ai également remporté la 1ère catégorie « baroudeur » à Pont de Vaux, en 2011 avec Fabien Rémi et Nicolas Dupin, avec le soutien de Polaris France.

Un jour, je me suis amusé à compter les podiums, je dois en être à environ 350 avec pas moins de 150 victoires, tant régionales que nationales.

De pilote, tu es passé de l’autre côté de la barrière, pour devenir organisateur. Quelles en sont les raisons ?

Passionné comme je le suis, je ne me voyais pas m’éloigner complètement du milieu que j’aime, et j’ai choisi tout naturellement l’organisation, après avoir enseigné la pratique du sport moto et quad pendant 22 ans.

Chantal, ceux qui suivent Thierry te connaissent et savent combien tu es présente sur les terrains. Je pense même que sans toi rien ne serait possible. Peux-tu nous parler de cette passion commune, et de ton implication auprès de ton compagnon ?

Lorsque j’ai rencontré Thierry, en 1983,  il était déjà enduriste passionné. J’ai vite compris que, si je ne voulais pas passer tous les week ends à l’attendre, il fallait que je m’intéresse à son sport. Comme je suis curieuse de nature, ça n’a pas été difficile et j’ai vite accroché à l’enduro.

A l’époque, les suiveurs, coachs, etc… n’existaient pas, et chacun était livré à lui-même. Aussi, Thierry m’a fait confiance pour l’assister sur les courses et notre duo a tout de suite bien fonctionné.

Thierry a toujours fait en sorte que je sois partie prenante de ses courses et ça m’a rapidement passionné, moi aussi, autant que lui.

Thierry, tout le monde se souvient du « World Quad Challenge », votre première expérience comme organisateur, je crois. Une compétition déjà digne des plus grandes, telle PDV, et dont le brutal arrêt a déçu tous les participants.  Même si le souvenir doit être encore douloureux pour vous deux, peux-tu nous en parler, et nous rappeler les motifs de cet arrêt ?

Je crois effectivement que les quadeurs se souviennent du World Quad Challenge, en 2003, 2004, 2006 et 2009 pour la dernière.

Mais auparavant il y avait eu 3 années de cross-country moto en 2001, 2002 et 2003 sur le site de mon école, à Marsac en Charente.

Le World Quad Challenge est né de l’envie de faire une belle course de quad, sur un site qui s’y prêtait à merveille, puisqu’avec une visibilité quasi totale. Nous avons organisé 4 épreuves, dont la dernière avec une grande partie nocturne.

Mais comme dans beaucoup d’endroit, nous avons rencontré l’hostilité d’une personne qui n’aimait pas les sports mécaniques. Après des années de tracasseries administratives, nous nous sommes vus interdire de réorganiser sur ce site et soumis à de telles obligations que nous ne pouvions plus continuer à travailler.

Cela aurait été, mal vous connaitre, que de penser que vous alliez abandonner pour si peu !!! Aux USA la GNCC fait fureur. Une compétition qui apparemment vous a bien inspiré, puisque vous avez créé la même en France. Quand avez-vous décidé de vous lancer dans l’aventure, et avez-vous rencontré des difficultés particulières pour la mettre en place ?

J’avais toujours l’envie d’organiser de belles épreuves et l’idée du cross-country m’est venue tout naturellement. Le cross-country avait disparu des tablettes de la FFM depuis quelques années et lorsque j’ai soumis l’idée de le faire renaitre à la FFM, on m’a dit OK. J’ai souhaité étendre le concept aux quads parce que je pense que ce type d’épreuve leur convient bien.

La difficulté aujourd’hui est de trouver des sites qui conviennent à la fois aux motos et aux quads. Je me heurte souvent à un refus lorsque je parle qu’il faut accueillir également les quads. Les clubs ont souvent un a priori négatif vis à vis des quadeurs. Quant aux difficultés administratives, elles sont de plus en plus présentes d’année en année et les contraintes de plus en plus nombreuses et coûteuses.

Peux-tu nous en expliquer le principe ?  

Le samedi est réservé au  championnat de France de quad, en 2 manches de 1h30. Les circuits sont de type naturel, façon enduro, chemins, prairies, franchissements, etc… avec des déviations lorsque j’estime que le niveau de difficulté est important.

Les épreuves sont ouvertes à tous les quads, sportifs et baroudeurs et je suis très heureux d’avoir pu amener les baroudeurs à un titre de champion de France puisque, jusque-là, les baroudeurs n’avaient pas de reconnaissance officielle dans une épreuve sportive.

Le dimanche est réservé aux motos, pour une épreuve de 3h non-stop.

Le concept plait, à tel point qu’aujourd’hui c’est la compétition Quad qui fonctionne le mieux, avec le championnat de France sur sable. Les inscrits sont de plus en plus nombreux. A quoi attribuez-vous un tel engouement et succès ?

Ce que les pilotes apprécient sur ce championnat, c’est que tout se déroule sur une journée et qu’il n’y a pas d’investissements particuliers à faire sur son quad, une bonne paire de pneus et on peut faire toute la saison.

L’ambiance est top au sein des concurrents, tant en course que dans le parc, et toujours avec une absolue sportivité.

Nous avons eu plusieurs fois plus de 100 participants au départ et cette année, le nombre d’inscrits sera limité à 100 afin de conserver l’esprit qui règne au sein de ce championnat.

Aujourd’hui vous êtes totalement reconnu par la FFM, puisque vous êtes devenu le « championnat de France Cross-Country ». S’agissait-il d’un but, et si oui quelles ont été les conditions pour le devenir ?

Cela vous apporte-t-il un plus ? Si oui, quel est-il ?

Je souhaitais que ces épreuves soient effectivement reconnues en tant que championnat de France pour les pilotes qui y participent. En effet, avant d’être un championnat de France, c’était un trophée.

Pour les clubs organisateurs et les partenaires, cela est vraiment différent et valorisant.

Pour les pilotes, l’attribution de nombreux titres en fin de saison est un plus en terme d’image et de partenariats.

J’en avais fait la demande à la FFM qui a reconnu le travail accompli et en 2016 a validé les épreuves de cross-country en championnat de France.

Nous savons tous combien il est compliqué aujourd’hui d’organiser de telles compétitions, surtout au niveau environnemental. Je suppose que vous n’échappez pas à la règle. Quelles sont les contraintes administratives qui vous permettent d’obtenir les autorisations nécessaires avant chaque course ? 

Comme tout organisateur, il faut déposer un dossier administratif 3 mois avant l’épreuve avec un certains nombres de pièces et documents. Nous devons être particulièrement vigilants sur la sécurité du public et les nuisances engendrées par la course et apporter la preuve des mesures mises en œuvre. Malgré tout cela, nous ne sommes jamais à l’abri d’une décision négative que nous avons déjà connue avec la Préfecture de la Dordogne. Beaucoup s’en souviennent ! Heureusement, à ce titre-là, la FFM est très consciente de ces problèmes et s’est dotée d’un service juridique à la pointe sur lequel on peut toujours compter.       

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